Impromptus (suite)

Ici, apparaissent les impromptus
qui sont constitués par 
une image récente ou série d’images
prise(s) au vol de manière non-préméditée par un seul résident. 

Par Mirush Bega, 3 décembre 2017.

Au ras du trottoir d’autres regards sur d’autres tableaux s’offrent à la considération des rêveurs.
Jacques Rancière, Les bords de la fiction, Seuil, 2017, p. 37.

 

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Par Bernard Meier, 20 novembre 2017.

Si toutes les images sont en tant que telles hors du temps, déposées hors du temps – et cette situation est un point d’essence, pas une simple caractéristique -, en même temps aucune image n’est sortie du temps de la même façon, aucune image ne contient le même souvenir du temps.
Jean-Christophe Bailly, L’instant et son ombre, Seuil, 2008, p. 53.

 

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Par  Murielle Chazalon,  le 26 juin 2017.

On comprend mieux, philosophiquement, pourquoi tout retourne poétiquement à la mer. Pourquoi le temps et l’être sont un océan vivant; pourquoi la femme est une mer et la mer un immense corps impersonnel, féminin, où se combattent, intriqués l’un dans l’autre – comme serpent sur serpent, pli sur pli, pan sur pan, vague sur vague -, Eros (l’érotique des fluides où naître et se lover) et Thanatos (la menace des fluides où se perdre et se noyer).
Georges Didi-Huberman, Ninfa profunda. Essai sur le drapé-tourmente, Gallimard, 2017.

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Par  Mirush Bega et Bernard Meier,  le 29 mai 2017.

Tu es mon plus complet abandon,
mon immunité, ma zone franche,
ce qui m’exempte de toute défense.
C’est ainsi qu’en toi s’unissent
mon plus grand souvenir et mon plus grand oubli, et je ne sais si tu es ma compagnie,
ou ma solitude.
Roberto Juarroz, Poésie et création, Corti,  2010 p. 169.

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Par  Mirush Bega, le 19 avril 2017.

La poésie ne vise pas le confortable recours d’une réponse,
mais quelque chose de plus grave, de plus important qui consiste à procurer à l’homme des 
présences qui l’accompagnent. La poésie n’offre ni solution, ni formules, ni recettes faciles,
mais une compagnie pour la vie.
Roberto Juarroz, Poésie et création, Corti,  2010 p. 28.

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Par  Bernard Meier, le 5 mars 2017.

Sur les paliers du vent
Se rire du dernier
Que l’on vient de quitter
Pour plus de ciel offert.
Guillevic,”Paliers”, in  Etier, Gallimard,  1997, p. 107.

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Par  Bernard Meier, le 5 mars 2017.

Semblances
Suggestions lentes
L’imaginaire dans une alerte de possibles
Patrick Chamoiseau, La matière de l’absence, Seuil, 2016, p.52.

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Par  Mirush Bega, le 4 février 2017.

Il y a ce bon bain démarré
Que l’on ne prend
Qu’avec les trois feuilles de ses trois derniers rêves
(Et tout le reste est donné sans limites)
Patrick Chamoiseau, La matière de l’absence, Seuil, 2016, p.127.

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Par  Murielle Chazalon, le 24 janvier 2017.

Le mot tronc n’est pas un tronc,
on le sait bien. Le regard
suit un chemin noir. Un poids
compact s’enfonce dans la terre.
On a froid. Un jet de bois
monte plus haut que l’image :
le ciel se déchire en deux. 
Jacques Ancet, Les travaux de l’infime, Erès, 2012, p. 42.

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Par  Yves de la Monneraye, le 7 janvier 2017.


Le bonheur est si court
Le bonheur est si court qu’on ne peut l’oublier.

La nuit était pour moi comme un second printemps
et la nuit pour moi seule était comme l’aurore,
puisque les roses rouges existent dans la nuit
et le lilas resté aussi jeune qu’avant.
Lydie Dattas, Le Livre des anges, Gallimard, 2013, p. 158.

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Par  Mirush Bega, le 22 décembre 2016.

Savoir qu’on a une âme ou l’ignorer, cela ne revient pas au même.
Savoir qu’on a une âme, c’est porter une attention éveillée aux trésors
qui peuvent s’offrir dans la grisaille des jours, laquelle s’exerce à tout ensevelir.
François Cheng, De l’âme, Albin Michel, 2016, p.82.

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Par  Mirush Bega, le 28 novembre 2016.


Debout

sur l’arête et
comme
                       sortie

frisson ravalé
l’âme

enveloppe
André du Bouchet, “dans son axe le pas perdu” in Axiales, Mercure de France, 1992, p.107.

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Par  Bernard Meier, le 28 novembre 2016.

T’es un requin, pour sûr, mais si tu gouvernes le requin en toi, tu seras un ange; car tous les anges, c’est rien de plus que des requins bien gouvernés.
Herman Melville, Moby Dick (1851).

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Par  Bernard Meier, le 30 octobre 2016.

Moi, je m’balance,
Parmi tous vos désirs,
Vos médisances,
Moi, je m’balance,
Sans adieu ni merci,
Je vous laisserai ici,
Sans adieu ni merci,
Je vous laisserai ici,(…)
Je me balance, chanson de Barbara (Album Le soleil noir)

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Par  Muriel Chazalon, le 9 octobre 2016.

Terre et eau offrent les roseaux
Le vent quelquefois les mots.
Claude Martingay, Les quatrains du silence, 2011, p.80.

 

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Par  Bernard Meier, le 19 septembre 2016.

En cale sèche…

 

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Par  Mirush Bega, le 2 septembre 2016.

 « Photographier le quotidien revient de fait à renouer le contact avec le concret, le tangible, le vécu, l’usage.
Cela consiste finalement à défendre les valeurs humaines de la vie,
contre la prédominance croissante de l’abstrait, du factice, du virtuel »
André Rouillé , Les esthétiques de l’ordinaire.

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Par  Gérard Jean-Montcler, le 12 août 2016.


“Allons danser sous les ormeaux, animez-vous jeunes fillettes…”, 
Le devin du village, divertissement musical, Jean-Jacques Rousseau

 

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Par  Yves de la Monneraye, le 22 juillet 2016.

Paradoxes oubliés
Sentinelles silencieuses
Pierres de la margelle
Où puiser l’eau sans mots.
Claude Martingay, Les quatrains du silence, 2011, p.44.

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Par  Muriel Chazalon, le 2 juillet 2016.

Bleus de la profondeur,
Nous n’en finirons pas
          d’interroger votre mystère.

L’illimité n’étant
Point à notre portée,
          il nous reste à creuser, ô bleus

Du ciel et de la mer,
Votre mystère qui n’est autre
           que nos propres bleus à l’âme.
François Cheng, La vraie gloire est ici, 2015, p.54.

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Par  Bernard Meier et Mirush Bega, le 14 juin 2016.

je suis en retard sur la réalité

     urgence

pour la continuité perdue, en faisant demi-tour, de l’aborder de

front

et mot à mot entrer dans l’espace du retard

l’événement reste l’inconnu                         à cela ouvre une force

de désintéressement

latitude dans l’étau                          distance respirable dans l’étau

retour

qui a pris force de l’en-avant

tout ce que je discerne — jusqu’aux pierres autour et morceaux
de bois épars aujourd’hui paraît, quand je le vois, appartenir
au monde perdu qu’il n’y a pas lieu de regretter
André du Bouchet, Carnet, Fata Morgana, 1994, p 121.

 

 

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Par  Bernard Meier, le 3 juin 2016.


Diamant fendu,
Jade brisé.

Au plus pur des attachements
Répond le plus dur arrachement.

Mais cette irréductible dureté
Est l’unique mémoire qui dure.

Long rayonnement d’un astre
Au travers de mille désastres.
François Cheng, La vraie gloire est ici, 2015, p.66.

 

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Par  Bernard Meier, le 11 mai 2016.

Mon enfant, ma soeur,
Songe à la douceur
D’aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.
Baudelaire, L’invitation au voyage, Les fleurs du mal.

 

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Par  Olivier Baud, le 1 mai 2016.

Il était un petit homme

Pirouette, cacahuète

Il était un petit homme

Qui avait une drôle de maison

Qui avait une drôle de maison

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Par  Olivier Baud et Mirush Bega, le 17 avril 2016.

Résistances du vert

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Par  Bernard Meier, le 3 avril 2016.

Les lucioles, il ne tient qu’à nous de ne pas les voir disparaître. Or, nous devons, pour cela, assumer nous-même la liberté du mouvement, le retrait qui ne soit pas repli, la force diagonale, la faculté de faire apparaître des parcelles d’humanité, le désir indestructible. Nous devons donc nous-mêmes – en retrait du règne et de la gloire, dans la brèche ouverte entre le passé et le futur – devenir des lucioles et reformer par là une communauté du désir, une communauté de lueurs émises, de danses malgré tout, de pensées à transmettre. Dire oui dans la nuit traversée de lueurs, et ne pas se contenter de décrire le non de la lumière qui nous aveugle.
Georges Didi-Huberman,  Survivance des lucioles, Editions de Minuit, 2009, p.133.

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Par  Mirush Bega, le 18 mars 2016.


Le mot tronc n’est pas le tronc,
on le sait bien. Le regard
suit un chemin noir. Un poids
compact s’enfonce dans la terre.
On a froid. Un jet de bois
monte plus haut que l’image:
le ciel se déchire en deux.
Jacques Ancet, Les travaux de l’infime, Erès, 2012, p.42.

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Par  Bernard Meier, le 4 mars 2016.

Je lui dirai les mots bleus 

Ceux qui rendent les gens heureux
Les mots bleus, Christophe, 1974.

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Par  Nicole Priou, le 23 février 2016.

Le charme que la musique exerce est-il une imposture, ou le principe de la sagesse ? Nous aurons à rechercher si le mot de ces contradictions n’est pas précisément dans l’opération impalpable du Charme et dans l’innocence d’un acte poétique qui a le Temps pour seule dimension.
Vladimir Jankélévitch, La Musique et l’Ineffable, Seuil, 2011, p.6.

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Par  Olivier Baud, le 13 février 2016.


Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Il n’est pas d’objet plus profond, plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant qu’une fenêtre éclairée d’une chandelle. Ce qu’on peut voir au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir ou lumineux vit la vie, rêve la vie, souffre la vie.
Charles Baudelaire, Les fenêtres, Petits poèmes en prose, 1869.

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Par  Mirush Bega, le 5  février 2016.


Le ciel est effrayant de transparence,
Le regard va si loin qu’il ne peut plus vous revenir.
Il faut bien le voir naufrager
Sans pouvoir lui porter secours.
Jules Supervielle, La table, Gravitations, Poésie/Gallimard, p. 148.

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Par  Olivier Baud et Bernard Meier, le 27 janvier 2016.

Une image qui sort du noir, c’est une image qui surgit de l’ombre ou de l’indistinction et qui vient à notre rencontre.
Georges Didi-Huberman, Sortir du noir, Editions de Minuit, 2016, p. 21.

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Par  Bernard Meier, le 15 janvier 2016.


Ainsi une statue, c’est aussi bien l’être humain immobilisé par la mort que la pierre qui veut naître dans une forme humaine. La rêverie qui contemple une statue est alors animée dans un rythme d’immobilisation et de mise en mouvement. Elle est naturellement livrée à une ambivalence de la mort et de la vie.
Gaston Bachelard, La terre et les rêveries de la volonté, édition José Corti, 1948, p. 227-228 .

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Par  Bernard Meier, le 4  janvier 2016.

J’allais, et contemplant d’un regard triste encore 
Tous ces doux souvenirs, beauté, printemps, aurore, 
Dans l’air et sous mes pieds épars, mêlés, flottants, 
Feuilles de l’autre été, femmes de l’autre temps, 
J’entrevoyais au loin, sous les branchages sombres, 
Des marbres dans le bois, dans le passé des ombres !
Victor Hugo, extrait de « La statue (II) », 19 mars 1837, Recueil « Les rayons et les ombres ».

 

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Par  Mirush Bega, le 21 décembre 2015.

Trop tard – trop tôt. Jamais à l’heure. Puisque
l’heure n’existe pas. Puis l’heure

Est cet imperceptible glissé qui met l’autre dans le
même – une tâche de lumière qui est une tache

d’ombre.

Un bruissement qui n’est que ce qui reste du
silence quand il se retire, rien d’autre.

Tu crois l’arrêter entre deux images, saisir l’infime
jointure qui les sépare et les unit.

Tu ne t’arrêtes pas. Tu est déjà ailleurs à murmurer
des mots sans suite

Mais qui se poursuivent, te poursuivent, te bousculent
et te lâchent.

Tu dis : où en étais-je ? Tu dis : mais qu’est-ce que
je disais ? Ta bouche se referme

Sur les bruits indistincts. Tu sens venir des rires, des
paroles. Tu vas entrer, les comprendre. Trop tard. 
Jacques Ancet, Les travaux de l’infime, ” Pour ne pas finir”, Erès, 2012, p.291.

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Par  Bernard Meier, le 13 décembre 2015.

« La feuille de cet arbre, qui, de l’Orient,
Est confiée à mon jardin,
Offre un sens caché
Qui charme l’initié.
Est-ce un être vivant,
Qui s’est scindé en lui-même,
Sont-ils deux qui se choisissent,
Si bien qu’on les prend pour un seul ?
Pour répondre à ces questions,
Je crois avoir la vraie manière :
Ne sens-tu pas, à mes chants,
Que je suis à la fois un et double ? »
Johann Wolfgang von Goethe, Le Divan oriental-occidental, Ginkgo Biloba (traduction de Henri Lichtenberger).

Dieses Baums Blatt, der von Osten
Meinem Garten anvertraut,
Giebt geheimen Sinn zu kosten,
Wie’s den Wissenden erbaut,
Ist es Ein lebendig Wesen,
Das sich in sich selbst getrennt?
Sind es zwei, die sich erlesen,
Daß man sie als Eines kennt?
Solche Frage zu erwidern,
Fand ich wohl den rechten Sinn,
Fühlst du nicht an meinen Liedern,
Daß ich Eins und doppelt bin?

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Paris, le 13 novembre 2015.


Fluctuat nec mergitur

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Par  Mirush Bega, Paris, le 5 novembre 2015.

Poésie est élément du bonheur possible,
suite de phrases rythmées
où un sujet se dispose physiquement
à l’exactitude d’une éthique.
Philippe Beck, Un journal, Flammarion, 2008, p. 10.

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Par  Olivier Baud, le 14 octobre 2015.

Statue de Folon devant son musée à Hulpe, près de Bruxelles, Belgique, septembre 2015.

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Par  Bernard Meier, le 23 septembre 2015.


Reflet de répétitions, Gaia Festival de musique de chambre, Genève, 18 septembre.

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Par  Nicole Priou, le 8 septembre 2015.


L’ombre des branches
Mouvement au sol
Imprévisibles douceurs.
Ying Chen, Impressions d’été, 2008.

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Par  Muriel Chazalon, le 29 août 2015.


Les couleurs s’avivent – le bleu, l’oranger, le vert.
Les contrastes s’accentuent. Le regard reconnaît
sans reconnaître. Ce qu’il reconnaît est un souvenir.
On y est. On n’y est pas. Les fleurs du noisetier tremblent
sur la montage rose. Le tronc découpe la lumière déclinante.
On avance dans un vent de mots éparpillés. On perd sa voix.
Soudain, les couleurs s’éteignent, disparaissent. Ne reste
qu’un chevauchement de contours. La surface plane des
choses arrêtées dans leur nom.
Jacques Ancet, Les Travaux de l’infime, Erès, 2012.

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Par  Olivier Baud, le 11 août 2015.
Aurore sur une sculpture de Manuel Torres, La Gardienne des songes (au Vallon des Vaulx), Plan-les-Ouates.


Avec confiance, dans cette légèreté
Qui ouvre aux piétés les plus oubliées,
Envers soi, envers un monde que les parfums
Du matin, et le chant du laitier,
Et les pas festifs sur la chaussée
De la rue vide, rendent gai
– d’une gaieté ancienne comme le soleil –
Je pense que ce n’est pas tout, mon passé;
Je pense que mon existence se renouvelle,
Si je me retrouve ouvert à ce pas
Pur qui franchit les ténèbres, pur
Comme l’est le matin, dans mes entrailles
Vierges– à ce pas qui me porte
Vers des visions vierges du temps.
Pier Paolo Pasolini, Adulte ? Jamais, Points poésie, 2013, p.269.

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Par  Bernard Meier, le 2 août 2015.


Une flûte s’exerce
avec des hésitations
exquises

Le déclic
d’un ange photographe

L’aquarelliste
trempe son pinceau
dans un petit bol

Le littérateur
ouvre son carnet
Michel Butor, Vergers d’enfance, Draguignan, Lo Païs, 1998.

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Par  Mirush Bega, le 24 juillet 2015.


Accepter d’être ému, de le montrer, parce que l’émotion suspend à sa manière le jugement attendu. L’éthique est un sursaut jamais un jugement. C’est une force, celle de ne pas rester fixe et immobile mais mouvant, mais émouvant, mais ébranlé et déplacé. Le sentiment n’est pas une décision, c’est une suspension réactive de l’événement qui paraissait avoir lieu sans nous, et se passer sans rien avoir à nous demander.
Fréderic Boyer, Quelle terreur en nous ne veut pas finir ?, P.O.L, 2015, p. 10.

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