Pier Piedro Pasolini

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Adulte ? Jamais,

Poèmes choisis, présentés et traduits de l’italien par René de Ceccatty, Paris, Point, 2013, p. 340-314.

 

XIV

De pauvres petites femmes du Nord
Marchent à l’ombre du printemps
Sur la route de Rebibbia, dans l’air
Immobile comme une pierre du soir.

Une petite lumière, au fond, et des ombres, des voix,
Tièdes comme l’air immobile, donnent
Un sentiment de malheur; et pourtant elles sont douces
Et gaies, on dirait quand

A une autre époque, dans autres régions
Le temps était si atrocement nouveau,
Le soir si égal à d’anciens soirs;

Simplement ici, presque incorporel, je sens
Que les saisons sont maintenant perdues
Dans l’ombre, une ombre sans aucun son humain…

 

XIV

Povere donnette settentrionali
vanno nell’ombra della primavera,
per la via di Rebibbia, dentro l’aria
immota come pietra ella sera.
Un lumicino, in fondo, e ombre, covi,
tiepide come l’aria immota, dànno
un senso di sventura; e sono dolci,
invece, liete, pare il tempo quando
in altre età, altre regioni, era
così atrocemente nuovo il tempo,
la sera cosî uguale a antiche sere;
solo che qui, quasi incorporea, sento
che le stagioni perdute ormai sono,
nell’ombra, un’ombra senza umano suono…